Le Chili, en bref, 3 mois après mon arrivée.
Considérations générales
D’entrée de jeu, je voudrais atténuer la prétention de ce titre.
Il est évident que, en 3 mois, on ne peut pas connaître un pays et d’autant moins qu’on n’en a parcouru que à peine une petite moitié mais cette moitié ne m’a pas donné du tout envie de connaître l’autre ; au contraire elle m’a donné celle de m’en aller (alors que, lorsque j’ai décidé de venir au Chili, j’avais l’intention d’y rester…6 mois !) ce qui veut dire que les observations que j’ai faites ont été complétées par des lectures ou des contacts soit avec des chiliens soit avec des étrangers venus visiter ce pays avec au départ un sentiment favorable devenu assez vite et objectivement défavorable.
Le souvenir de deux livres remarquables m’a aidé à comprendre : La Société de confiance de Alain Peyrefitte (Odile Jacob) et Richesse et Pauvreté des Nations de David S. Landes (Albin Michel). Je les recommande à ceux qui s’intéressent au Monde non pour le parcourir d’un site touristique à un autre mais pour connaître les peuples, leur culture etc.
Enfin, mes propres analyses au travers d’une expérience internationale ont facilité l’appréhension de ce pays.
En sorte que ce que j’ai vu, vécu ou entendu au sud d’une ligne Santiago/ Viña del Mar peut être généralisé. Les notes que j’ai écrites le soir même de mes « découvertes » constituent d’ailleurs sur une banque d’informations authentiques.
Un premier bilan a été dressé à Castro, après un peu moins de 2 mois de séjour. Ce bilan que je vais reprendre ici et compléter reste bien mon opinion, certes critique mais sans parti pris. Ma compassion a aussi été souvent sollicitée et reste intacte à l’égard de ce peuple souffrant.
Une ancienne colonie hispanique d’exploitation
L’aventure coloniale de tous les pays a constitué en une exploitation plus ou moins radicale de leurs ressources au bénéfice du conquérant. Il n’y a pas d’exception à cette règle même lorsque l’on prétend avoir conquis sous le drapeau de valeurs supérieures.
Tel a été le cas ici mais de la manière la plus radicale qui soit.
L’Espagne a littéralement pillé ces pays qui étaient riches de cultures authentiques qu’elle a anéanties et de différentes ressources, minérales comme végétales ou animales qu’elle a surexploitée.
En particulier l’or et l’argent. Le pire a été sans doute que l’or en grande partie n’a pas été extrait de mines (à la différence de l’argent extrait notamment des mines du Potosi dans des conditions infra humaines) mais des œuvres d’art fondues en lingots ou autres moyen monétaire. On sait d’ailleurs que l’Espagne a été punie dans sa propre Histoire par ce vol en se mettant pour des siècles entre parenthèse dans l’Histoire Universelle …Jusqu’à la mort de Franco. Elle aura été sauvée de sa léthargie par l’Europe.
En Amérique Latine, tous les territoires conquis ont été littéralement asservis à la couronne espagnole, hommes compris.
L’organisation territoriale des territoires conquis qui a évolué en fonction des découvertes et conquêtes a toujours eu pour but non le progrès mais l’asservissement en vue d’une exploitation systématique. Un exemple récent de ce type de colonisation a été la Bulgarie dont le dictateur Jivkov a assuré le total asservissement de son pays à l’URSS (et l’on doit savoir les dégâts, notamment humains, qui en ont résulté et qui perdureront malgré que, à la différence des pays conquis en AL, la marque soviétique n’ait sévi que 45 ans contre plus de 3 siècles.
Et il ne faut pas croire que ce fut toujours facile car nombre de peuples, indiens, se sont battus à armes inégales et parfois ont souvent défait des troupes aguerries et surarmées ce que permettaient les richesses accaparées.
L’exemple le plus frappant de la manière espagnole ont été l’assassinat de Atahualpa et celui de Moctezuma par Pizarro (Pérou) et Cortès (Mexique) en fait dans l’ordre inverse.
Ce faisant , l’ordre espagnol essayait, avec son puissant allié la religion catholique, de banaliser tous les territoires conquis lors même qu’ils avaient eu des cultures très différentes et souvent très développées .
S’est ajoutée à cette pratique régalienne, le métissage inévitable, presque systématique, faute de femmes européennes ou dans un esprit de harem.
Cet ordre implacable a perduré.
Quand la révolution bolivarienne éclate, l’objet est bien se substituer à la couronne espagnole le pouvoir total de ses représentants économiques et politiques sur place. Eternel recommencement. Le pouvoir trouve toujours toutes les justifications pour ceux qui l’accaparent.
L’Eglise a toujours fait alliance avec le pouvoir donc elle a aussi fait alliance avec les oligarchies pures de sang espagnol qui procédaient de l’ancien ordre qui leur avait permis de disposer d’avantages considérables. Les militaires, comme l’Eglise, ont toujours joué un rôle de soutien logistique.
La société ex-coloniale, répartie dans des pays artificiels, a donc imposé sa loi dans des sociétés duales et durablement médiévales. Deux castes : l’Oligarchie et l’Eglise+ les militaires et le peuple, un peuple aux racines et à l’identité de plus en plus vague dont la pauvreté générait un atavisme aggravé par le métisssage. Sur ce terreau l’Eglise , après avoir eu la main lourde pour se faire craindre, a pu répandre dans des oreilles obéissantes et crédules le flot de ses paroles lénifiantes et distraire les yeux par le spectacle de ses célébrations et de ses temples.
On en est toujours là même si ici et là il y a eu des changements politiques provisoires qui ont donné le pouvoir à des populistes incultes armés d’idéologies aussi radicales que le fut l’idéologie religieuse, souvent et à juste titre haïe (que l’on se rappelle la révolution mexicaine ou plus récemment espagnole et les massacres de prêtres qui rappellent ceux pratiquées pendant la Révolution Française qui reste hélas le référent de base).
L’Eglise a toujours en sous main appuyé ces régimes-là aussi tant qu’ils sont au pouvoir, apportant son aide qui est l’asservissement des âmes (J’ai écoute sur les chaînes de télévision chilienne catholiques les discours…rien de nouveau sous le soleil ; c’est même extraordinairement caricatural et marque bien le degré d’inculture du peuple. Cela changera avec l’irruption d’Internet, donc de la connaissance transversale).
Dans ce contexte général, le Chili est un peu à part pour des raisons historiques : Il n’avait pas d’or ou presque ni d’argent mais du cuivre et un potentiel de ressources agricoles et maritimes. Géographiquement aussi car il était coincé entre mer et cordillère et tout en longueur donc de fait assez protégé. La dernière Intégration territoriale date de 1843 quand Williams bâtit le Fort Boulnes en 1843 sur le détroit de Magellan. De plus il n’y avait pas de culture générale, seulement ici et là des traditions artisanales propres aux différentes ethnies indiennes qui elles même n’occupaient pas tout le territoire.
Cependant, socialement, le modèle social espagnol a forcément prévalu puisque de toute façon les oligarchies + l’Eglise + l’armée de « sang hispanique pur » contrôlent le pouvoir ou veillent à ce qu’il ne s’égare pas trop et trop longtemps à certains moments de l’Histoire (on connaît l’aventure Allende et sa dramatique conclusion).
Il est certain que l’affaire n’est pas terminée pour la raison simple que, démocratiquement, le pouvoir peut être conquis par « les masses populaires » via de très populistes représentants à la logorrhée aussi absurde que celle, de plus en plus anachronique et désuète, des prêtres.
Tel a été le cas de Morales, Chavez et Lula. Car un citoyen, une voix. Dés lors que le peuple a pris conscience de cette force…Il échappe au clientélisme traditionnel. Mais ce n’est pas pour le mieux car duale, les sociétés le restent, la petite et moyenne bourgeoise faisant toujours les frais de cette Histoire chaotique qui n’a cessé de travailler ces pays comme la nature symboliquement semble les y condamner par ces séismes, raz de marée, éruptions volcaniques, pluies diluviennes…(j’écris cela ironiquement pour dénoncer les pratiques anesthésiantes car il suffit de comparer le Chili avec la Nouvelle Zélande après respectivement 5 siècles d’imprégnation européenne et seulement 150 ans. Cette seule comparaison suffit à poser la question fondamentale à la quelle répondent les deux livres que j’ai cités plus haut).
Présentation résumée et chiffrée du Chili (source : Gran Atlas de Chile de Jorge Sánchez R. chez Editorial Turiscom www.turustel.cl)
a. dimensions
4.300 km du Nord au Sud ; placé dans l’hémisphère Nord, et sans compter son territoire antarctique, le pays s’étire de Nouakchott aux îles Shetland. Punta Arenas, la capitale du sud se trouverait à hauteur d’Edinburgh. Sa largeur est en moyenne de l’ordre de 200 km. Sa superficie est de 756.000 Km2 (France : 547.000). Grosso Modo, Une vallée plus ou moins large entre une cordillère littorale peu élevée, et la Grande Cordillère des Andes souvent précédée de lacs et de volcans.
Sa géographie a pu être dite « folle ». Mais cela est si vrai que l’on ne se sent jamais intégré dans cette nature que l’on voit toujours immense et donc de très loin ou très bas. Elle est spectacle et non pas alliance. On ne la voit que de très très prés c'est-à-dire qu’on ne voit pas grand-chose si ce n’est de la grandeur, de la majesté, une domination superbe et un rien méprisante. Disproportionnée et presque inhumaine. Mais c’est une échelle continentale pour un petit pays qui rend problématique un équipement sans intégration dans une politique à long terme.
b. population
La population s’élève à 15 millions d’h en 2002 et la densité, sans compter le territoire antarctique est de 20 h au Km2 (France continentale : 113 et Nouvelle Zélande 16). La pyramide des âges ressemble à un beau sapin de Noël.
La population appartenant à un groupe ethnique est de près de 700.000 h , principalement Mapuches.
65 % de la population ne dépasse le niveau dit basique de l’éducation.
Le pays est peu urbanisé puisque la population rurale représente 71% de la population totale.
Santiago, la capitale, a plus de 4.8 millions d’habitants soit presque le tiers de la population totale.
Le pays est découpé depuis 1979 en 13 régions et celles-ci en provinces puis communes.
c. Economie
L’essentiel de PIB brut est fourni par la région métropolitaine (Santiago) qui ne représente que 2% de la surface totale du pays, 40% de la population totale,
Une très forte urbanisation qui, pour certaines des provinces de la région atteint 87/99 %.
13% de la superficie agricole totale est exploitée dont 36% en forêts. Il y a, compte tenu de la varié climatique et géologique, une très grande variété de productions agricoles : élevage, céréales, fruits, vignes, forêts…
La mer est aussi une grande contributrice de l’économie chilienne : plus de 5 millions de tonnes dont 30% est exporté. Le Chili est le deuxième producteur mondial de saumon.
Du point de vue minéral, le cuivre est bien entendu la production principale. C’est le principal produit d’exportation en valeur (prés de 45%)
41% de l’énergie électrique est d’origine hydaulique et 25% du charbon.
L’activité touristique en valeur n’est pas très significative. Ce n’est qu’il y a un mois que madame Bachelet, Présidente de la République, a créé un sous-Secrétariat au Tourisme… !
De très nombreux réserves et parcs nationaux (95 dont certains gigantesques et…inaccessibles) ont été crées du Nord au Sud dans un but de protection environnemental. La CONAF qui dépend du Gouvernement les administre. L’un d’entre eux est particulièrement célèbre et touristiquement structuré : le Parc de Torres del Paine, dans le sud de la Patagonie.
La nature ici présente une immense variété géographique, géologique, paysagère, animale (terre et mer) et végétale.
Observation synthétique
Pour le voyageur qui, comme moi, prend son temps pour connaître un pays en le vivant et dispose d’un budget limité, le contact se fait évidemment au niveau assez « bas » de l’échelle sociale.
L’importance de la pauvreté environnante, par toutes ses expressions (taille des habitants, maigreur, alimentation et ses modes de distribution, habillement, attitude, transports, habitat, habitudes) est souvent poignante.
L’insécurité, sous produit de la pauvreté et de l’inculture devient rapidement une obsession (j’ai dit dans une note de ce blog (on a dit hier, à la radio) les prisons de certaines villes. Qu’il s’agisse de violences urbaines, qu’il s’agisse des transports publics urbains ou de courte distance assurés par des cars hors d’âge, non soumis a quelque contrôle que ce soit, transportant une « cargaison » de passagers atteignant parfois le double du nombre autorisé, ou qu’il s’agisse du logement (je pense notamment à celui de touristes à petit ou moyen budget ), qui fleurissent n’importe comment, n’importe où, dans la plus grande précarité et inflammabilité (en général un incendie fait autant de morts qu’il y a de personnes dans le local brûlé ; à Punta Arenas, pourtant une ville dont je dis le caractère européen, il y a eu l’an passé un hostal qui a brûlé : bilan 11 morts), des structures qui pour la plupart sont, potentiellement, des pièges mortels.
Ce sentiment d’insécurité est épuisant.
Il doit l’être aussi, fût-ce inconsciemment, pour la population. Tout est fragile, précaire, fait n’importe comment avec des matériaux quelconques, sans aucun contrôle notamment sanitaire et sécurité, et en bois, matériau dominant non ignifugé. L’indifférence ou le fatalisme de la population lui fait ignorer (et elle n’a aucun choix) le risque mortel.
La saleté, non pas à l’intérieur des logements et des lieux d’accueil des touristes qui sont propres n’est pas à critiquer mais à l’extérieur est, elle, systématique : qu’elle résulte de la pauvreté des infrastructures (d’où l’omniprésente poussière) et de leur insuffisance et précarité propre, qu’il s’agisse de l’indifférence universelle, la rue, les rares espaces verts, les eaux, les plages, la nature même souvent sont sales.
Et là il y a toute la gamme des pollutions humaines. malgré les appels au peuple, publiés ici et là, qui sont, compte tenu de l’inculture historique et générale, des cautères sur jambes de bois.
La plupart des villes (je fais une exception pour Punta Arenas et aussi mais bien moindre pour Puerto Natales qui est pourtant un centre touristique) sont donc ou laides ou comme abandonnées.
Le comble étant Valparaiso.
Je ne suis pas allé à Santiago, cela m’a été vivement déconseillé par mon agence de voyage néo-zélandaise qui, pourtant, était plutôt favorable au Chili.
Comme abandonnées, vieillies non seulement par les ans et la saleté extérieure mais aussi par le manque de maintenance ou la médiocrité et rareté des investissements.
Elles sont aussi fréquemment « chaotiques » comme l’habitat, sans plan, sans schéma directeur, sans projet urbain.
On a l’impression que l’on peut (avec quels moyens de pression éventuellement ?) construire n’importe quoi, n’importe où et n’importe comment.
Un exemple de ville récente qui est d’une laideur regrettable (et qui s’aggravera si le projet urbain enfin établi par la mairie n’est pas mis en œuvre avec une ferme et constante résolution) est Puerto Montt. Une ville clé pourtant car ouvrant sur la région des lacs et des volcans, sur la Patagonie et sur l’île de Chiloe.
Il faut dire aussi que souvent le sol étant constitué d’anciennes moraines ou de cendres volcaniques la poussière comme le sable sont grisâtres ou noirâtres ce que n’arrange pas le climat général dans un sud ou le ciel varie beaucoup mais souvent dans les gris.
On est aussi frappé par l’absence presque totale et systématique d’espaces verts, de parcs, de jardins. Même les jardins privés sont la plupart d temps comme abandonnés, en jachère. Les trottoirs prévus à l’origine semble-t-il pour être gazonnés entre rue et passage pour piétons et entre ce dernier et les maisons sont en général ou pouilleux et sale ou sont devenus herbages ou sont simplement « caillasseux ».
Pas de fleurs, rarement des arbres, par contre beaucoup de chiens errant. J’ai pensé que c’était un peu comme la vache sacrée en Inde, une tradition…amérindienne. Mais non, il semble bien, pour avoir lu un panneau présentant les populations amérindiennes de Terre de Feu, que le chien aurait bien été un produit d’importation espagnole ; et qui n’a pas vu naguère et sans doute aujourd’hui encore dans des provinces pauvres en Espagne tous ces chiens errants…parfois faméliques, toujours pitoyables. Un couple de portugais m’a dit que, dans la Cathédrale de Santiago, il y a une chapelle (sans doute dédiée à St Roch) où les ex-voto disent les morsures de chiens ! A plusieurs reprises je me suis trouvé mal à l’aise à devoir louvoyer entre ces corps étendus de chiens ensommeillés pour tromper leur faim ou leur ennui ou leur solitude. Mais je dois le dire, aucun ne m’a agressé.
Parlant de Valparaiso, je parlerai d’une véritable destruction, comme délibérée, parachevée par la construction incompréhensible du monumental et hideux, par les couleurs et les formes, du Palais du Congresso Nacional (que fait-il donc à Valparaiso ?).
Je puis assurer que, pour tous ceux auxquels le nom dit quelque chose, notamment de l’Histoire de la Mer et de l’Aventure cap-hornière, Valparaiso est une honte pour le Chili.
Classée au patrimoine historique de l’humanité, cette ville, dans nombre de ces quartiers qui ont connu jadis une autre histoire humaine, est infra humaine et même dangereuse. J’en ai des témoignages.
Et c’est souvent, trop souvent, une souffrance que de la parcourir. Je renvoie au texte que j’ai publié sur mon blog.
Valparaiso n’est plus une ville symbolique de l’Histoire de la Mer ou de l’Aventure , un mythe entretenu par de grands écrivains comme Konrad, mais symbolique de l’Histoire du Chili, un crime urbain.
Les seules villes (et donc il y en a fort peu dans la moitié sud du pays et a fortiori dans l’autre moitié) qui ont une apparence de ville, où il semble qu’il y ait eu une véritable politique, suivie, sont celles qui ont été construites ou influencés par des immigrants européens dans la deuxième moitié du 19eme siècle, hélas en bien trop petit nombre. On peut dire Valdivia, Puerto Varas, Punta Arenas : bien peu !
Le tourisme ici est aussi un contre témoignage, une synthèse des contre témoignages parce qu’il dit aussi la vérité de ce pays et celle de son attitude à l’égard de l’étranger donc de son ouverture au monde...
J’ai dit plus haut la création récente d’un (et seulement) sous-Secrétaire d’Etat au Tourisme, quand il faudrait, compte tenu de l’état des lieux, un véritable Ministère du Tourisme signifiant une volonté politique à long terme qui se substituerait à une exploitation à court terme, d’autant plus dangereuse que la communication transversale expose complètement le pays à la concurrence internationale.
Ce sous secrétariat dit en effet l’indifférence du gouvernement, son incapacité ou sa volonté négative d’ intégrer le tourisme dans une stratégie politique globale (quand on sait par exemple ce qui a été fait, et radicalement différent et avec un succès économique et social croissant, en Nouvelle Zélande, on ne peut que s’interroger… sur la capacité moderne de l’Oligarchie et sa véritable préoccupation sociale quitte a faire du pays une cocotte minute).
Le tourisme ici est caricatural. Pas d’informations ou si peu ou si médiocre ou si dispersée ou si peu compréhensible, pas d’agents capables de renseigner même à minima, capables de parler une autre langue que l’espagnol (l’anglais étant peut-être suspect d’américanisme), doublons de o : Centres dits d’informations touristiques municipaux et agences de la Sernatur, organisme d’Etat. Je ne donnerai pas de détail ici. Ils font dresser les cheveux sur la tête.
Alors il y a un tourisme de riches avec des ghettos (je pense à Torres del Paine avec ses luxueuses hosterias à 140 US£ le single + le reste) et un tourisme de jeunes donc un peu fauchés surtout après avoir acheté le billet d’avion. De jeunes (et quelques moins jeunes comme moi) qui campent, vont parfois dans des refuges quand il y en a et que leur prix est acceptable pour des dortoirs, et vont ainsi de piège à touristes à pièges à touristes. La plupart des « touristes » courent d’une poche à touristes à une autre : on fait les glaciers, les pingouins, les baleines… et si possible pour amortir les frais du voyage on couple Argentine et Sud Chili.
Beaucoup d’européens, beaucoup de français (et si peu en NZ) presque aucun asiatique, quelques américains, australiens ou néo-zélandais.
Croulant sous des sacs énormes par devant et par derrière, havres, barbus genre aventurier pour les hommes, mal attifés.
Entre les 2 catégories, nada ou pratiquement nada. Louer une voiture est très cher, en acheter une comme en NZ est risqué. Pour le transport local, restent donc l’avion, cher, et le car, bon marché, en sacrifiant de nombreuses heures car le Chili est immense…en longueur et l’infrastructure routière encore très limitée et contrainte par le relief, les rivières, les fiords, les lacs, la mer…
La bicyclette …relève de l’exploit sportif. Camping sauvage obligatoire car dans la pampa, par exemple, il<n’y a rien ou presque. J’en ai vu cependant.
On est donc le plus souvent, en raison des accès et des moyens de transport soumis aux agences, aux « tour operators », comme autant de suceuses qui se plaquent immédiatement sur vous comme des sangsues et font volontiers valser les budgets.
Et il faut le dire ils ne sont pas en général très professionnels et baragouinent au mieux l’anglais (or, 60% des visiteurs sont étrangers et la plupart viennent de l’hémisphère nord…).
Je m’y refuse, en temps normal, mais n’ai pas pu l’éviter quand, en NZ je n’ai jamais eu à les utiliser.
Parfois on a l’impression
que le touriste est taillable à merci donc on prend tout ce qu’on peut sans vision à moyen puisque sans politique au plus haut et donc participation de la population
que l’on ne veut peut-être pas voir trop le pays s’ouvrir aux réalités du monde, attitude oligarchique classique (qui, au Brésil a perduré aussi mais jusqu’à l’élection atypique de Fernando Collor de Mello qui s’est pris pour le Kennedy Américain et a ouvert par inadvertance le pays qui n’a jamais pu et heureusement plus, lui, refermer les portes)
La perte de temps pour les accès est évidemment pénalisante pour ceux qui ont, aussi, peu de temps de vacances et qui veulent « faire » le Chili et l’Argentine au moins (certains ajoutent la Bolivie et le Pérou dont la situation générale est, me dit-on, bien pire).
Mais aussi, visiter le pays comme je l’ai fait est presque impossible car moi je vis le pays, les autres ils ne font que passer et donc consomment un crédit temps considérable.
Donc voila un tourisme finalement coûteux, épuisant et dangereux.
Le bon marché coûte cher disaient nos grand mères, sensées.
Je redis que je ne suis ici que parce que la NZ m’a refusé une extension de mon visa et que je n’avais pas vu le Fiordland. Sinon, cher Chili…
Conclusion
Que l’on ne croit pas que j’en veux à ce pays. Ce serait stupide et ce peuple est déjà trop malheureux pour que je lui ajoute une couche de béton sur ce qu’il porte déjà.
C’est plutôt l’OLIGARCHIE que je dénonce, cette triplette Politiques/ grandes fortunes, Eglise et Armée qui, c’est ce que j’ai entendu, se gobergent.
L’Armée est chouchoutée comme les Carabinieris ; cela se voit partout et de manière insolente pour les Casinos et cercles d’Officiers militaires ou paramilitaires et il y a ce que l’on ne voit pas comme ce club de vacances dans un parc à Chaitén ; bâtiments pimpants, grandes villas etc. Quel sens a intrinsèquement cette armée aujourd’hui, pour un si petit pays dans un continent luso-hispanique? On lui confie d’ailleurs souvent des missions civiles comme la direction de sports pour la Marine.
L’Eglise se meurt sauf au sommet où elle est encore bien alliée et puissante économiquement ; elle cherche à sauver l’essentiel avec ses chaînes de TV insipides. Elle se vide lentement mais inexorablement par le bas et sous les coups de butoir d’une ribambelle d’Eglises Evangéliques.
Les églises témoignent de cette déshérence.
J’ai dit ce qu’il faut en penser…on est loin du compte et le peuple lui a compris.
Bon gré mal gré Internet ouvre les jeunes au monde.
Le Tourisme devra évoluer comme une stratégie nationale. Le retarder c’est délibérément accepter que ce peuple souffre encore plus pour rien alors qu’une action nationale le ressouderait et certainement le sortirait de son apathie indifférente qui peut devenir séismique.
Le pays a des atouts mais encore tant de vices historiques. Il devrait voir ce que les kiwis ont fait, avec quelle solidarité nationale. Mais ses « élites » sont encore trop orgueilleuses pour aller se frotter à des vérités dérangeantes, une sorte de corruption des esprits qui parlent parlent parlent !
Des atouts patrimoniaux mais aussi des atouts climatiques et géographiques. Ce ne sont pas des mille et des cents qu’il faut inventer par le haut mais une nouvelle dynamique associant la population en la rendant consciente d’enjeux qui la concernent au premier chef.
C’est bien pire à côté ? Et alors, est-ce une raison justifiant ce que j’ai dit dans ce bilan où tout se tient, statistiques et géographie etc. ?
Ce pays a bien des atouts que n’ont pas ses voisins, cela aggrave son cas.
Je ne sais pas, Madame Bachelet, si vous êtes consciente des enjeux, du futur, des stratégies à conduire…ou ligotée, je ne vous connais pas et bien entendu j’ignore bien des détails concrets du Chili. Et ce n’est pas mon affaire. Délibérément ou contrainte, simplement en ne créant qu’un sous secrétariat au Tourisme et non un véritable ministère, vous avez fossilisé la situation, j’en ai bien peur.
Il appartient donc aux jeunes de se mobiliser, se débrouiller pour apprendre l’anglais, devenir des citoyens actifs non pour quelque leurre révolutionnaire encore pire mais pour rejoindre le peloton de tête qui dans tous les pays aujourd’hui secouent le cocotier et mettent leur pays au diapason des réalités universelles que l’Homme qui n’est ni d’ici ni de la mais de la planète Terre a mis en branle.
Ce pays a beaucoup d’atouts oui…Il serait intolérable que par intérêt sordide ou paresse des élites ou gaspillage de l’argent public etc. il se fige dans ce que je viens de décrire, cette société duale, cette énorme injustice historique.
Et c’est un pays phare parmi les pays hispanisants.
Le retard pourtant est là.
La croissance était forte mais à partir de quoi ? Et si elle était de 6% en 2006 elle ne sera pas supérieure à 4% cette année. Et 2008 ne sera pas une bonne année…
En écrivant cela j’ai fait mon devoir de citoyen du monde. Que tous mes concitoyens qui viennent ici et savent voir disent aussi à leur tour. Ce serait là un grand service à rendre à ce peuple misérable et…à ses voisins que caresse toujours l’attention portée à une alternative encore plus radicale mais présentée avec tous les artifices de langage et les mensonges de bateleurs d’estrade.
Pour ma part, je ne resterai pas jusqu’à la fin de mon visa automatique de 3 mois. Je ne regrette pas cette expérience même si elle a été épuisante. Elle m’aura au moins permis cette protestation en faveur d’un pays qui, de France, a toujours eu la cote, parmi les pays latino américains mais je pense, par ignorance ou par « intoxication » (la démocratie chrétienne). Ce pays a tours été considéré comme démocratique mise à part la période Pinochet…
Punta Arenas janvier 2008
Quelques exemples.
- L’an passé environ 300 navires de croisière ont fait escale à Punta Arenas et de là les passagers ont fait des excursions. Ils paient un droit d’accès au port, en dehors de leur billet ! Or cette année le port, géré par la Marine Nationale, a décidé d’augmenter massivement ce droit d’accès. On estime que le nombre de navires faisant escale pourrait être réduit de moitié ; voilà le genre de comportement classique d’un pays sous développé, fermé , et qui surexploite un gisement. La manne disparaît en général parce qu’il ya au même moment plein d’alternatives attractives.
- Je me décide pour la visite d’une colonie de pingouins de Magellan à quelques 60 km de Punta A. L’agence me dit 10.000 pesos. Je paie et on me donne mon ticket en me précisant alors qu’il faudra acquitter sur place un péage de 1000 pesos pour le propriétaire des terres sur lesquelles passe la route qui mène à la colonie puis 4.500 euros sur place . Je ne renonce pas à la visite car je n’ai pas de choix (l’option mer pour aller l’Île de Magdalena est plus coûteuse, inconfortable ... Mais pire, en allant faire des courses je vois affiché sur une vitrine d’agence le prix de 6.OOO pesos et non 10.000 ! J’ai donc été « gringoisé ».
Le lendemain départ à 16h30. Le van qui passe me prendre est à l’heure comme les 7 passagers européens prévus et qu’on va ramasser. On est déjà loin de la ville quand le chauffeur reçoit un appel : c’est une agence qui lui demande de s’arrêter pour prendre un couple qui est chez elle et veut aller voir les pingouins.
On s’arrête donc en bordure de route. Le guide nous dit que cela ne durera pas plus que 5’…On attendra plus de 20’. Le couple, à l’évidence chilien, ne dira pas un mot d’excuse pas plus que le chauffeur ou le guide ou le chef de l’agence qui est venu avec sa voiture.
J’étais assez nerveux. Mais je sais aussi que si j’explose je ne serai pas compris puisqu’ils ne parlent que l’espagnol.
On me dit, c’est le Chili, c’est l’aventure. Non just shit ! Car il y a un prix donc un service qui comprend le respect du client. Quand on commence à justifier l’exploitation…
- Je pars pour RIlan, île de Chiloe. Le petit bus est pitoyable de vieillesse. Nous sommes au complet. Mais voilà, tout au long de la route on ramasse tout ce qui fait signe et nous passons assez vite de 27 passagers assis, nombre maxi affiché, à plus de 50. Je me sens oppressé. En cas de pépin comment s’échapper ? Examen circulaire, coincé entre la fenêtre et une énorme femme. Non rien à faire. On y passe tous. Je sens mon ancienne claustrophobie revenir. Je respire profondément. On va à toute allure et s’il y a des côtes raides qui font parfois penser qu’on les gravira à pied, tant le petit bus souffre, il y a des descentes aussi raides et là, plein pot. Dans les virages le petit bus gîte comme un voilier et les gens debout font du rappel. Le chauffeur rigole avec deux gars assis devant, à côté de lui. Non vraiment c’est criminel. Je ne commencerai à respirer que lorsque l’on commencera à égrener au long de la route de pauvres gens soumis à cette implacable mépris du genre humain.
- Et que dire des chauffeurs qui fument au volant de grands cars, ou mangent un casse croûte en conduisant d'une main sur une route a virages ( la semaine derniere un car a verse en pleine pampa: bilan deux morts et de nombreux blesses, ou qui acceptent deux françaises qui sont en manque pour fumer leur clop. dans la cabine avant où ils seront, un moment 5 !
- Dire mon Hospedade de Puerto Montt , véritable caravansérail de bois, de tôle ondulée et de carton pâte ou de contreplaqué, construit n’importe comment avec des couloirs étroits et des escaliers à se rompre le cou, des moquettes en solde etc. et où le soir la porte d’entrée est fermée ! Il y avait là outre l’appartement des parents et des deux fils une quinzaine de chambres. Le moindre feu (et les circuits électriques comme les cuisinières à bois sont là pour dire le risque) et tout le monde crame, c’est sur d’autant que la caserne des pompiers est loin. Qui contrôle ces fours potentiels ?
- Ou mon Hostal de Puerto Natales pourtant flambant presque neuf (9 mois) sans le moindre détecteur de fumée, la moindre sortie de secours et le moindre extincteur où les vastes baies ne peuvent s’ouvrir qu’en leur milieu par une fenêtre de 40 cm X 40 cm par où personne ne pourrait s’échapper. Mais tout le monde peut devenir tôlier et fabriquer son hostal. Et encore , je n’ai pas vu le pire… mais, a Punta Arenas je m'en suis approche!
- Et ces gens ne sont pas assurés. Au manque de professionnalisme, à l’incapacité de communiquer avec des étrangers s’ajoute cette ignorance crasse ou cette avarice sordide au le mépris des règles élémentaires ou…le fatalisme.
- L’an passé à Punta Arenas, un hostal a flambé, tous sont morts. Ils étaient 11 touristes. Et ailleurs ?
- Malgré la pauvreté universelle, le pays affiche des traces de modernité. Mais c’est un leurre. Une simple apparence. Et les mentalités elles restent passives, indifférentes, ignorantes. Vous êtes étranger ? Eh bien si cela vous chante de venir au Pérou n’attendez pas un accueil spécifique mais votre argent nous intéresse quand même.
- Ou alors allez avec les gens riches et payez le prix fort (exemple : une croisière de 3jours et demi de Punta Arenas à Ushuaia puis, si le temps le permet, le passage du Horn et arrivée à Punta Arenas : le premier prix en cabine par 3 : 1.000 US$. Les hôtels dans le Parc Torres del Paine : chambre seul : à partir de 140 US$ + les repas.
- Si vous voulez habiter à Puerto Natales et faire deux randonnées avec au milieu un jour de repos (car vous n’êtes pas équipé pour du camping ou même les refuges) alors il vous faut payer deux fois 12.000 pesos soit un peu moins de 20 euros pour 80 km dans chaque direction et à l’entrée deux fois un droit de 15.000 pesos (on ne voit pas très bien pourquoi d’autant que dans le parc tout est payant et cher ; le sentier que j’ai pris est beau mais il ne comporte pas d’investissements significatifs) car si l’on accepte en tordant le nez que vous puissiez revenir gratuitement le lendemain, le surlendemain vous devez payer à nouveau les 15.000 pesos. Bilan dans ce cas : 54.000 pesos soit 77 euros. Moins cher mais plus fatigant que passer la nuit à l’hôtel (option refuge et dormir en sac de couchage loué dans un dortoir de 8 personnes…quand il y a de la place).
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