Autopsie d'un grand échec
Oui, je prends les couleurs de deuil pour écrire ce drame: la perte définitive d'un fils que j'espérais avoir retrouvé.
Je mourrai sans que mes fils et moi nous nous soyons réconciliés.
Cette aventure était-elle possible? N'était-ce pas un fantasme que j'entretenais souvent pour vivre le quotidien? Pouvait-il en être autrement dans le cataclysme de ce mariage puis de ce divorce effroyables? Devais-je encore tenter cette improbable aventure?
Il y a des pères et il y a des géniteurs. J'ai toujours voulu être et crois avoir été père. Je l'ai souvent écrit ici. Un père aimant, libéral (donc avec les obligations de « régulation » qui sont la contrepartie de tout libéralisme), ouvert, exigeant certes mais aussi témoignant de cette exigence par ses propres pratiques. Dans un contexte matrimonial très difficile j'ai fait ce que j'ai pu, entravé par ce parasite malfaisant qui gesticulait sur mes épaules.
Sans doute ces enfants auraient été autres si j'avais épousé Nicole et non cette femme qui m'avait tiré au sort avec son amie et m'avait « gagné » . Ils étaient faits, j'ai donc fait tout ce que je pouvais et au delà même souvent.
Dans ce divorce effroyable où cette femme jouait nos enfants contre leur père, en toute amoralité, j'ai tenu vaille que vaille cette paternité . J'étais loin et, forcément, de plus en plus loin. Ils s'éloignaient à mesure que ma chute , parfois freinée in extremis, s'avérait de plus en plus catastrophique.
Dans un semblant de stabilité neuillyléenne je ne pouvais apparaître que comme un déstabilisateur.
Au fond je devenais un pestiféré. A éliminer même si possible.
De 1985 à 1995 , je n'ai réussi à revoir brièvement mes fils que 3 fois, ensemble ou séparément.
De 1995 à 2004 je les ai revus furtivement, une fois à la clinique lors de la naissance d'Aurélien et deux fois dans le Bois de Boulogne pour Tanguy , sa femme et Maxime.
Toutes mes tentatives ont avorté.
En 2004, à la demande de ses fils qui souhaitaient me connaître , Guillaume et ses deux garçons sont venus à Roscoff passer un WE inutile, parce que non précédé d'un lavage du passé entre père et fils. J'ai dit la grossièreté de Guillaume et l'inutilité de sa présence qui a interdit tout contact. Un simulacre qui lui donnait peut être bonne conscience, un simulacre minable et, pire, transgressif pour les fils , placés dans l'impossibilité d'un contact vrai avec leur grand père. Il en fut de même pour Tanguy et ses deux premiers garçons, à peine moins grossiers. Je me sentais devenu singe ou potiche!
Leur lettre de château que l'on eût cru écrite en copier coller d'un document écrit ensemble était une caricature du déni de réalité. Ils disaient avoir vécu ce qui n'avait pas été , de leur arrivée à leur départ. Le thermomètre de mes émotions n'avait-il pas sauté à 20 et 19 après le départ de l'un puis de l'autre. J'étais en partance pour La Réunion. Il ne devait donc y avoir aucune suite, ouf!
En Mars 2008, une grosse goutte fit déverser le vase...et cette fois, je rompais définitivement avec l'aîné que je qualifiais, à bon droit, de parricide.
Restait Tanguy dont je ne savais pas si, concrètement, il avait aussi été utilisé par sa mère comme Guillaume l'avait été (ma souffrance quand j'ai découvert ces turpitudes!) pour abattre son père.
Tous deux s'étaient mariés en ignorant délibérément l'existence de leur père. Mais si Guillaume avait eu le bon goût de me le faire savoir en m'indiquant même la date de son mariage, je l'avais ignorée pour Tanguy. J'ai failli être mort le jour du mariage de Guillaume. En tout cas j'étais, gravement blessé, à l'hôpital!
Et voilà qu'arrive fin Janvier 2011. Je suis rentré en France en 2010 (contre mon gré); une amie de longue date Marion R. vient passer ici une semaine. A l'issue de cette semaine, elle me propose de contacter Tanguy à Paris, par téléphone pour tenter de le rencontrer. Elle me demande de l'y autoriser ce que je fais en lui rappelant que le nom de R. n'est pas forcément un bon sésame.
Marion prendra des initiatives tout à fait différentes sans y être autorisée en impliquant mes amis T et, courant Février , je mettrai un terme à ces initiatives qui procèdent même de l'abus de confiance.
Mon thermomètre émotionnel jumpe et je sombre dans une mélancolie dépressive qui me fera écrire, début mars 2011, une lettre à Tanguy destinée à mon seul blog. Une dernière bouteille à la mer.
Courant Mars, Tanguy m'en accuse réception. En toute inconscience j'ai envoyé une copie de cette lettre à l'adresse électronique de Tanguy!
La voici:
Lettre ouverte à Tanguy
Mon cher enfant,
Car malgré tout vous me restez cher.
Même votre frère et, en dépit de tout ce mal que je vis si mal depuis des ...décennies.
De quoi avez vous peur? Je vous ai tant aimé et l'ai montré de tant de façons.
Vous ne vous rappelez pas? Mais vous étiez si jeune! Je vous revoie dans cette maison de campagne que je louais à Montmarin, dans votre « parc » où rondouillard vous jouiez avec ces gadgets pour enfants. Vous étiez mon petit Poussah, mon petit Magot. Quand vous étiez sur la table à langer où , plus souvent qu'à mon tour, je vous nettoyais et langeais, je parcourais votre petit corps si replet de baisers affectionnés et vous gloussiez de plaisir.
Evidemment à 40 ans bientôt il vous est impossible de vous souvenir de ces moments et de tant d'autres en France ou au Brésil. Je pourrais ici les lister et toujours ils avaient un radical commun: amour. Je vous aimais comme j'aimais votre frère, faisant tout ce que je pouvais pour vous préserver, vous protéger, préparer votre avenir en l'ouvrant en grand!
Comment l'auriez vous su puisque rien n'en a été dit.
Mais moi je me souviens de tout. Des ballades à Meudon, St Cloud, Versailles et du Luxembourg comme du Ranelagh dans compter plus tard le Polo, de votre allure bcbg dans votre petit manteau bleu au col de velours bleu marine et de vos chaussures achetés chez X, je me souviens de vous au Brésil...Mais aussi de cette croisière à Porquerolles.
De quoi donc avez vous peur pour ne pas me revoir? Vous êtes pardonné d'avance pour ne pas avoir cru en moi, ma fidélité, mon amour paternel, pour votre obéissance à d'autres pouvoirs.
Je vous ai tant aimé et vous aime encore tant. Ne me laissez pas décider de mourir ce que j'ai commencé à faire même si encore je freine!
Pourquoi donc cet amour se heurte-t-il aux herses de votre citadelle? Pourquoi donc me laisserez vous mourir sans vous être réconcilié, en acceptant le passé comme je l'accepte si on se le dit entre père et fils qui s'aimeraient.
Je vous aime mais, au fond de vous même, m'aimez vous?
Je tire à ma fin et celle-ci se fera-t-elle sans vous?
Qui aura triomphé dans le mal?
Je suis parfois si triste non du fait de mon déclassement, de mon défaut de vie mais de votre abandon, de votre jugement. Triste à mourir ce qui finira par advenir quand je serai définitivement devenu las de tout et que je ne voudrai plus vivre.
Mais à la différence de mon père, j'aurai tout tenté. Vous rendez vous compte?
Après vous ne pourrez plus que porter ce fardeau d'un passé que vous voudriez effacer quand il suffit de le laver entre soi. Mais évidemment cela implique de l'amour.
Alors, m'aimez vous, fût-ce un peu?
Et voilà que va s'amorcer un dialogue par Internet. Tanguy qui refusait le tête à tête va accepter une conversation virtuelle où il pourra poser librement, sans tabou, des questions, dire des reproches ou des critiques. Je lui répondrai sans entrer dans les détails mais toujours en vérité. A un tournant de cette conversation ne me dira-t-il pas que dans le divorce « vous n'avez pas tous les torts, bien loin de là » . Je ne relève pas le décalage entre cette vérité et son refus constant de me revoir comme mon humiliation pour son mariage.
Et ainsi, de fil en aiguille, nous aurons épuisé les chapîtres de son contentieux avec son père. Je propose donc, ce lessivage enfin réalisé, d'aller à Paris pour le revoir et connaître sa famille. 4 photos résument l'ambiance:
Donc tout s'est très bien passé. Nous avons eu de longues conversations paisibles. Les enfants sont souriants, Sophie aussi.
Je ne serai pas revenu ici que Tanguy m'écrira pour me dire combien il a été heureux de ce WE sans la moindre ombre. J'en ferai de même.
Quelques semaines plus tard l'idée me vient d'inviter la fratrie ici pour une semaine. Mais leur emploi du temps pour les vacances d'été est « surbooké » et Tanguy m'informe de la décision du couple de venir passer les vacances de la Toussaint ici.
Je m'emploie donc à préparer leur organisation, notamment en explorant le marché des locations pour trouver 6 types de location (dont 5 à proximité de mon immeuble, des tennis municipaux, de la piscine etc. des ports, plages et du fameux chenal) et en proposant d'explorer plus avant le type préféré. Ce sera inutile car ils choisiront la résidence la plus coûteuse et la plus éloignée de ma propre résidence.
J'indique en sourdine son éloignement (il m'obligera à des courses à bicyclette de 16 km , parfois chargé comme un mulet). Rien n'y fait. Je précise que , faute de pouvoir les recevoir chez moi, je prends en charge toutes les dépenses locales hors nourriture à ceci prés d'un déjeuner avec des cousins et de diverses contributions au plaisir des papilles de cette famille.
Cela représente un gros effort mais je me réjouis de le faire.
Je conditionnerai aussi l'accueil de la résidence choisie en sensibilisant les hôtesses et leur patron aux enjeux de ce séjour ici.
Et le jour arrive de leur arrivée, sauf Tanguy qui doit rejoindre la petite troupe deux jours plus tard.
Et dès l'arrivée des garçons, de leur cousin et de leur mère...patatras! Je vois débarquer un quarteron de sauvageons aux quels leur mère/tante paraît complètement soumise.
Sur le détail de ces jours pénibles, je renvoie aux textes intitulés « apologie de la transgression ».
Adieu les sourires de Paris! Bonjour l'ennui, le sentiment d'isolement etc. de la Toussaint! J'ai l'impression que je leur suis à tous indifférents. J'essaie des ouvertures, bloquées. Il y aurait tant à dire, découvrir, raconter et rire... Il y a 25 ans d'éloignement. Rien!
Peu à peu j'ai le sentiment, comme à Roscoff d'être la potiche qui manquait sur la cheminée familiale pour parfaire le décor et on passe à autre chose.
Tanguy arrivé, ce sera la même situation.
Je me pose évidemment des questions sur cette anti éducation et ses premières conséquences, sur cette indifférence muette, sur ce « bande à part » du quarteron...Un événement inconnu est-il survenu depuis juin?
Tout est neutre, froidement poli quand les enfants ne font pas l'impasse sur le bonjour ou l'aurevoir, sans intérêt.
Une chambre n'est pas occupée dans la villa louée. Je pourrais donc être retenu à dîner et à dormir pour une veillée familiale? Bernique!
Je ne dis rien mais souffre en silence tout en restant ouvert.
L'amertume du gâteau sera parachevée par une scène de ménage très violente où ma présence est totalement ignorée (les garçons aussi, d'ailleurs). Je n'existe décidément pas.
Ma déception, désillusion, désespérance sont immenses. Je ne le montre pas. Je ne peux rien faire ni dire car je ne sais pas ce qu'ils ont dans la tête, les tabous. Il appartenait à Tanguy (j'avais tout dit de moi) de manoeuvrer, lui et sa femme. J'étais chez eux. Mon accueil avait témoigné de mon attente. Il y avait de leur part une obligation morale de résultat. N'avais-je pas fait ma part aussi en allant à Paris?
Quelle erreur ai-je commise? avoir réprimandé des enfants qui n'avaient aucun respect pour les autres en se mettant en danger? La réprimande n'est venue qu'après deux recommandations grand paternelles et compte tenu de l'attitude transgressive d'une mère qui n'assumait pas ses responsabilités éducatives. Y a-t-il eu autre chose que j'ignore? Et , déjà, en arrivant de Paris, dans la résidence, les sauvageons n'avaient-ils pas donné le « la » de leur séjour? Auraient-ils eu le même comportement à Alençon? Finalement ne me disaient-ils pas ce qu'ils pensaient que je suis pour eux: un raté? Même s'ils ne sont au Polo que parce que j'en ai été membre! La réalité pour eux n'a pas besoin d'Histoire. Penser que je n'ai pris aucune photo, oubliant tous les jours mon appareil chez moi!
Tanguy devait courir le marathon de New York. Je ne saurai son classement qu'en consultant le site de l'évènement.Il oubliera de me l'écrire...Un signe , non?
Je ne peux plus avaler de telles couleuvres. Mon thermomètre émotionnel a grimpé violemment. Je me sens mal. Il me faut recracher tout cela. Je l'écris sur mon blog. Point final.
Deux mois plus tard, le 1er janvier 2012, par désoeuvrement, je regarde ma boite à lettre SFR (j'ai un abonnement Internet et tel) ce que je ne fais jamais. Mais je m'interroge sur leur facturation. Il y a là 130 messages que je lessive et, parmi ceux ci, deux messages de Tanguy (toute notre correspondance - 64 messages - de mars à octobre a été faite sur ma boite normale, Hotmail). L'un daté du lendemain du retour à Paris à la Toussaint, aussi éloigné de la réalité que la lettre de château après Roscoff dans le style tout le monde il est beau tout le monde il est gentil et l'autre 20 jours plus tard pour me demander si tout va bien...!!!!!!!
Le silence sépulcral est retombé sur cette espérance! Il ne reste plus qu'à scénariser la sortie finale.
PS je voudrais ajouter que la scène finale qui m'a stupéfié comprenait en 1ère partie une accusation terrible proférée par cette Médée en ma présence puis en 2ème partie des injures insensées à l'endroit de son mari devant moi, son beau père méconnu, et ses 4 enfants alignés sur le canapé comme des oiseaux apeurés sur une branche...Mon ex était un parasite gueulard mais même au plus fort de scènes de ménage jamais je n'ai entendu ce que j'ai entendu là qui confirmait le sentiment que j'ai eu d'être oui une potiche!